La thèse est une étape obligatoire marquant la fin des études de médecine (ou de pharmacie). Bien qu’elle puisse être vécue comme une épreuve par certains, la thèse permet au futur professionnel de d’apprendre à adopter un raisonnement scientifique à une question de recherche, à travailler avec des universitaires et à apporter sa (modeste) contribution à l’élaboration du savoir.

I. Avant de débuter

Avant de se mettre à écrire sa thèse, quelques étapes de réflexion sont nécessaires.

A. Choix du directeur de thèse

Son choix est primordial, il devra vous accompagner et portera une part de responsabilité scientifique sur le résultat de votre travail. Quelques détails sont à prévoir:

  • Compétences scientifiques: votre sujet doit se rapprocher de sa thématique de recherche afin qu’il puisse bien vous orienter et qu’il y trouve un intérêt.
  • Compétence méthodologique: il faut s’assurer qu’il ai les compétences pour vous encadrer. En recherche qualitative, peu de directeurs sont formés.
  • Compétences pédagogiques: diriger une thèse s’apprend. Si c’est sa 1ère direction de thèse, il semble logique qu’il se forme en assistant à une FMC (Formation Médicale Continue) délivrée par le CNGE pour les généralistes.
  • Spécialité: généraliste ou spécialiste, le principal est qu’il soit en accord avec votre DES et votre future spécialité. Attention aux directeurs non généralistes hospitaliers qui connaissent mal les problématiques de la médecine générale ambulatoire.
  • Universitaire: si vous désirez faire une carrière universitaire, il peut être stratégique de choisir un directeur avec qui vous souhaitez travailler. Attention, les universitaires sont souvent débordés par leurs multiples activités vous obligeant à être indépendant.
  • Du temps à vous consacrer: le temps est précieux chez les universitaires, il faut discuter dès le 1er entretien le temps qu’il pourra vous accorder. Si votre futur directeur ne répond pas à vos mails et que vous êtes obligé de le relancer, ça commence mal…

B. Le choix du sujet de thèse

Si vous n’avez pas d’idée précise, votre directeur de thèse doit pouvoir vous aiguiller sur un sujet de thèse concernant son domaine de recherche. Votre sujet devra vous motiver suffisamment ainsi que votre directeur.

Globalement vous aurez le choix entre la recherche qualitative et quantitative. D’autres méthodologies et divers formats existent: pédagogique, sociologique, historique, éthique… même en BD.

Attention, le sujet doit vous intéresser ! évitez les sujets abandonnés par d’autres internes ou les projets trop ambitieux.

Certains facultés organisent un “Appel d’offres”: ce sont de potentiels sujets de thèses sur lesquels les DMG (Département de Médecine Générale) aimeraient travailler et seront prêt à vous encadrer.

Choix d’un co-thésard: de plus en plus de thèse sont réalisées à plusieurs internes afin de partager la quantité de travail et de permettre la réalisation de travaux de plus grand impact. Renseignez vous au sein de votre université si elle autorise ce type de thèse et renseignez vous sur vos potentiels co-thésards car la qualité du travail final dépendra de vous tous.

C. Faire une thèse de recherche qualitative ou quantitative ?

La recherche qualitative est une méthode de recherche récente (apparition du terme MeSH en 2003) qui permet de répondre à certaines questions de recherche en médecine générale.

Cette méthode est très séduisante pour les internes en médecine générale:

  • Pour éviter de faire des statistiques
  • Elle semble facile : “Il suffit de faire quelques entretiens et les retranscrire…”
  • Et rapide : “Pas besoin d’aller fouiller des dossiers médicaux”

 

Malheureusement, c’est un raisonnement incorrect:

  • Pas de statistique mais il faut savoir coder des données qualitatives et apprendre à utiliser un logiciel comme Nvivo
  • C’est plus difficile car il faut se former à une nouvelle méthode de recherche et les directeurs de thèse sont encore mal formés
  • C’est chronophage ! Enregistrer les entretiens, les retranscrire puis les coder nécessite de longues journées de travail

 

Pour les internes, avant de choisir de réaliser une étude qualitative, mieux vaut pesez les avantages et les inconvénients. Cette méthode doit correspondre question de recherche et susciter votre intérêt. Vous pouvez vous référer au chapitre spécifique sur la recherche qualitative

Pour les directeurs de thèse, vous pourrez retrouver les principaux obstacles à la réalisation de thèse qualitatives en médecine générale dans cet article d’Exercer.

D. Modalités administratives et universitaires

Chaque faculté dispose d’un bureau des thèses où vous trouvez les ressources nécessaires. Vous pourrez présenter votre thèse à partir de 3 semestres d’internes validés.

Une fois votre thématique, votre sujet et la méthodologie choisies, vous devez faire valider votre projet de thèse par la commission de thèse. Composée de membres de votre DMG, elle s’assure de la cohérence de votre projet et donne son accord.

E. Planifier son travail

Une thèse de médecine dure en moyenne 12 mois. N’hésitez pas à prévoir large, surtout si on vous a proposé un poste débutant à une date fixe. Si vous n’êtes pas thésé à la date nécessaire, vous risquez de perdre le poste (Croyez-moi, ça arrive).

Dans son guide du thésard , H. Maisonneuve vous propose le retroplanning suivant :

retroplanning

II. Pendant : le travail de recherche

Vous voila prêt ! Il en vous reste plus qu’à faire votre thèse !

LEPCAM a été conçu pour vous mettre dans le rôle d’un chercheur (ce que vous êtes 😉 ).

Un travail de recherche suit presque toujours un processus identique. J’ai décomposé ce processus en 8 étapes chronologiques :

  • De l’idée à la recherche documentaire : en partant d’une idée de recherche, trouvez la question de recherche pertinente à l’aide de la recherche documentaire
  • Identifier la question et le type d’étude adapté : identifiez la question de recherche d’une étude et comprenez les principaux types d’études.
  • Elaborer un protocole : créez un protocole de qualité pour votre étude, comprenant le respect de la réglementation, l’éthique et la méthodologie
  • Recueil et saisie des données : apprenez à réaliser un questionnaire et un entretien, à recueillir et saisir les données
  • Analyse des résultats : analyser correctement des données quantitatives (statistiques) et qualitatives (théorie ancrée et phénoménologie interprétative)
  • Interprétation et critique des résultats : interprétez correctement les résultats d’un article et développez une analyse critique de sa qualité
  • Rédaction, communication et publication : déchiffrez les différentes parties d’un article originale, rédigez votre thèse ou votre article, communiquez vos résultats à un congrès et publiez votre travail dans une revue.

III. Après la rédaction de la thèse

A. Relecture

Avant d’imprimer le texte définitif, vous devez faire relire votre thèse par des relecteurs. Vous pouvez les choisir librement.

Je vous conseille de choisir 1 ou 2 relecteurs de votre famille qui pourront corriger les erreurs de frappes ou les fautes d’orthographe, ainsi que des collègues qui pourront critiquer le fond du travail.

B. Les chapitres supplémentaires

Votre thèse devra inclure certaines parties imposées par votre université :

  • Couverture
  • Liste des professeurs et/ou maîtres de conférence de l’université
  • Serment d’Hippocrate
  • Dédicaces et remerciement
  • Table des matières
  • Liste des abréviations
  • Annexes
  • Résumé anglais/français
  • 4ème de couverture

C. Impression

Vérifier d’abord les recommandations de votre université: grammage du papier, format…

Personnellement, je vous conseille:

  • Grammage d’au moins 80 g/cm2 afin que la feuille ne soit pas trop transparente
  • Format A4 avec des marges suffisantes
  • Reliure thermocollée
  • Numérotation des pages en chiffres arabe
  • Typographie : privilégiez une police sans empattement (sans serif) type helvatica, futura, arial. Certains utilisent un empattement triangulaire type Times ou palatino. Cette typographie était utilisée par les journaux de presse afin de faciliter l’impression.
  • Garder la même typographie dans tout le texte (titre, paragraphe…)
  • 1 exemplaire par membre du jury et pour votre famille, ainsi que quelques exemplaires en plus.

D. “Permis d’imprimer”

Une fois votre thèse prête, vous devez faire une demande de “permis d’imprimer”. Accompagnée de certains documents, votre thèse non reliées doit être déposée au bureau des thèses pour être validée. Attention aux délais, il faut souvent la déposer au moins 1 mois ouvert avant la soumission (sachant que les facultés sont fermées l’été, pour ma thèse, je soutiens 27 septembre mais je dois la rendre avant le 7 juillet à cause des vacances, soit 2,5 mois avant). Le “permis d’imprimer” vous sera délivré 1 semaine avant vote soumission, vous autorisant à soutenir.

III. Soutenir sa thèse

A. Choisir son jury

Il faut compter plusieurs semaines pour choisir son jury à l’aide de son directeur de thèse et pour convenir d’une date.

Le jury sera chargé d’évaluer votre travail. Après avoir lu votre thèse, il écoutera votre présentation lors de votre soutenance, vous posera des questions, validera votre thèse et vous accordera, au besoin, une distinction.

  • Président du jury: il doit avoir la fonction de PU (Professeur Universitaire) et doit être en exercice. Attention, habituellement, la soumission de thèse se déroule dans l’université de votre président de jury.
  • Membres du jury: au total, ils doivent être au moins 4, comprenant 3 enseignants titulaire (PU, MCU). Votre directeur de thèse en fait partie.

La proposition de jury doit être acceptée par le directeur de l’université et ne sera plus modifiable.

 

NB: D’après la section II, article 20 du décret n°2004-67 du 16 janvier 2004 relatif à l’organisation du troisième cycle des études médicales et du décret n°2010- 700 du 25 juin 2010 modifiant le décret n°2004-67 du 16 janvier 2004 :

La thèse conduisant au diplôme d’Etat de docteur en médecine est soutenue devant un jury présidé par un professeur des universités des disciplines médicales titulaire et composé d’au moins quatre membres dont trois enseignants titulaires des disciplines médicales désignés par le président de l’université sur proposition du directeur de l’unité de formation et de recherche médicale concernée.

B. Convenir d’une date

Attention à bien choisir la date. Anticipez plusieurs semaines en avance, surtout si vous souhaitez passer en octobre (à cause d’une prise en fonction universitaire en novembre).

Après s’être assuré que la salle des thèses était disponible, organisez le choix de la date et de l’horaire (doodle est votre ami dans cette situation). Réservez la et envoyez une confirmation à votre jury.

C. La soutenance

Vous disposez de 15-20 min pour exposer oralement votre travail de recherche à l’aide d’une présentation écrite. Il s’en suivra une séance de questions du jury pour éclaircir certains points.

Pour la communication orale, vous pouvez vous référer au chapitre dédié de LEPCAM.

Après une délibération, le jury rendra son verdict : reçu avec/sans correction.

Il pourra décider d’attribuer une mention votre travail en vous remettant les félicitations du jury ou une médaille.

D. Et après ?

Apéro !

Traditionnellement, la soutenance est suivie d’un “pot de thèse” organisé par la famille permettant au thésard, aux auditeurs et aux membres de jury de se désaltérer et d’échanger quelques mots.

Des certificats provisoires seront délivrés par la faculté pour permettre les démarches administratives (inscription à l’Ordre…).
NB: Il existe un référentiel gratuit “Le guide du thésard” . Bien qu’il soit édité par le laboratoire Sanofi, n’hésitez pas à vous en inspirer car c’est la meilleure référence actuellement (après LEPCAM bien sûr 😉 )